Itzhak Rabin le soldat de la paix assassiné

La terrible soirée du 4 novembre 1995. Les obsèques nationales d'Itzhak Rabin - Israël en deuil.






Le 4 novembre 1995, c'est la date choisie par la gauche pour mener une offensive politique contre la droite qui a investi la rue depuis plusieurs mois lors de cette periode d'attentats dont la fréquence est encore inconnue pour les Israéliens (il y aura bien plus d'attentats anti-israéliens lors les années 2001, 2002 et 2003). Après un long silence, les militants de la gauche et de la paix veulent manifester, et l'idée d'un grand meeting est en marche. De nombreuses inquiétudes entourent ce rassemblement. Problèmes de sécurité, problèmes politiques. Et si c'était un échec, et s'il n'y avait pas assez de participants? Le gouvernement Rabin n'a pas reçu de soutien massif du peuple d'Israël depuis trop longtemps pour ne pas avoir de doutes. Dès 18h00, la foule arrive en masse sur le Kikar Hamelakhim, la place des Rois à Tel Aviv . Des banderolles se déplient dans tous les sens tandis que les services de sécurité quadrillent la place, les rues avoisinantes, les toits et le parking des invités et du staff. Ils sont aussi chargés de contenir une manifestation d'à peine 300 personnes de la droite qui a été autorisée à un centaine de mètres"
Place des Rois d'Israel le 4/11/95




Manifestation de soutien au processus de paix
Un homme s'installe froidement dans le parking, il a plié soigneuseument sa kippah dans sa poche pour ne pas éveiller l'attention. Son air décontracté et une courte discussion avec un policier qui n'a pas osé lui demander les renseignements essentiels qui l'aurait forcé à être évacué du parking font croire à plusieurs policiers qu'il est des leurs. Il attend, son arme est prête, chargée avec des balles normales et dum-dum (balles tueuses) en alternance. Rabin prend la parole vers 20h30 et lance un "Shavoua Tov" (bonne semaine après Shabbat) à tous les Israéliens. Devant lui il y a plus de 150 000 personnes (estimations de la police); le pari est réussi et tous les dirigeants de la gauche israélienne, Péres en tête, arborent un large sourire. Ils reprennent tous ensemble "Chir Lashalom" (chant pour la paix), et tant pis si Rabin chante faux. C'est désormais un succès, il sait qu'une partie non négligeable des Israéliens le soutient. A 21h30 Shimon Péres descend dans le parking sous le regard d'Igal Amir qui aurait bien voulu tuer les deux hommes comme il l'affirmera plus tard, mais a avant tout pour cible le Premier Ministre.


Derniere allocution d'Itzhak Rabin
Shir La Shalom


Shimon Péres attends quelques instants Itzhak Rabin qui devait le suivre, puis le voyant arriver sur le parking, monte dans sa limousine qui démarre. Itzhak Rabin est souriant et, selon les différents témoins, enfin détendu. Il a vraiment craint que les militants ne soient pas au rendez-vous. Un jeune étudiant d'une école de journalisme lui pose une question pour son journal. Il y a finalement tellement de gens qui n'auraient pas dû être dans ce parking, mais tout le monde est souriant et détendu. Il n'a plus qu'un garde du corps à ses cotés lorsqu'il se présente devant la porte de sa limousine. Il est 21h50, Igal pointe son arme sans hésiter et tire dans le dos du Premier Ministre de l'Etat d'Israël.



Deux autres balles sont encore tirées avant qu'il ne soit maitrisé par les services de sécurité qui ont du mal a réaliser la situation, alors que des cris disant qu'il s'agit de balles à blanc sont entendus. Son garde du corps le plus proche est blessé mais pousse Rabin dans la voiture et ferme la porte. Le chauffeur connait ses consignes, même s'il semble que ce ne soit pas le chauffeur habituel du Premier Ministre: ne pas se préoccuper de l'état de santé mais conduire immédiatement son protégé vers l'hôpital le plus proche. Le seul garde du corps qui soit resté près de lui et qui est blessé à la main, parle au Premier Ministre et lui demande de rester éveillé. Itzhak Rabin lui dit : "J'ai mal au dos mais ce n'est pas grave". Il perd conscience, ce sont ses dernières paroles. Le chauffeur conduit la voiture sans aucune escorte à l'hôpital Ichilov, en faisant détour apres détour à cause des routes barrées. A l'hôpital personne n'est au courant de la situation et c'est le chauffeur et le garde du corps qui sortent Rabin de la voiture. Il est sans pouls et sans tension. Pendant 40 minutes, les médecins tentent tout ce qui est possible et pendant quelques secondes le coeur bat à nouveau. A 23h30 Eitan Haber annonce à la porte de l'hôpital, devant une foule venue spontanément aux nouvelles, la mort d'Itzhak Rabin, dans les cris, les larmes et la confusion. Sur la place des Rois une foule de jeunes gens qui n'en croient pas leurs oreilles commencent à affluer avec des flambeaux, des bougies. Pendant que certains se recueillent en silence, assis par terre, d'autres entament un Kaddish (prière pour les morts) pour le Premier Ministre de l'Etat d'Israël assassiné. De l'autre coté de la rue des manifestants s'opposant à la politique du gouvernement Rabin ne connaissent pas encore la nouvelle et scandent des slogans hostiles sous une bannière où il est écrit "Rabin assassin". A un journaliste annonçant l'information aux manifestants, un homme répondra stupidement : "magiya lo" (il le méritait). Pendant quelques heures circulent les rumeurs les plus folles sur l'auteur du crime. Mais à peine est-on le 5 novembre 1995 que les chaînes d'informations diffusent des communiqués sur l'assassin. Il est juif.



Annonce de la mort d'Itzhak Rabin
Kadish pour Rabin
Premiere bougies




Un jeune Juif extrémiste et incapable de supporter une démocratie israélienne qui allait dans le sens contraire de ses aspirations a assassiné Itzhak Rabin. Il est clair aujourd'hui que le climat était lourd de haine, une manipulation était sans doute facile au millieu des mensonges et de l'incompréhension de part et d'autre. Igal Amir est fier de son acte et ne cache pas sa satisfaction d'avoir tué "un terroriste", comme il le proclame. Il a obéi à sa conscience et aux discours officiels et officieux de différentes organisations d'ultra nationalistes et de religieux extrémistes qui ont été jusqu'à proclamer un édit religieux autorisant la mise à mort d'Itzhak Rabin. Ils n'ont jamais pardonné à Rabin d'imaginer que pour avoir la paix, Israël devait négocier avec son ennemi et "offrir un territoire sacré" sur lequel il pourra y établir un jour cet Etat Palestinien que certains ne peuvent accepter. La jeunesse d'Israël, absente pendant toutes ces contreverses, sort dans la rue, bougie à la main et le coeur lourd. Dans le monde entier, des Juifs se rassemblent devant les consulats et ambassades d'Israël pour partager la peine des Israéliens et s'incliner devant la mémoire de ce personnage qui a toujours été un combattant pour la sécurité et la défense de son pays, du le début à la fin, jusqu'à sa mort...
Témoignages dans le monde






Israel en deuil




Israël se réveille avec une sacrée gueule de bois. Les excès, la haine, l'intolérance sont coupables et de part et d'autre on se rend compte de l'ampleur du drame. Des dirigeants de droite font leur mea-culpa pour ne pas avoir su maîtriser leurs "troupes" et leurs discours, tout en affirmant que Rabin n'a pas écouté le peuple. Des dirigeants de gauche s'en veulent publiquement de ne pas avoir assez soutenu leur Premier Ministre, tout en affirmant que la main du tueur a été armée par des rabins et des colons peu scrupuleux, sous l'oeil bienveillant voir complice des leaders de droite. Les leçons de respect, de tolérance et de démocratie semblent plus facile à donner qu'à appliquer...

Le cercueil de Rabin remonte la route de Jérusalem sur un "command-car", cette route sur laquelle, alors qu'il était un jeune palmalkhnik de la brigade Harel, il a tant lutté en 1948 pour Jérusalem qu'il a contribué à libérer en 1967. Sur le chemin, une foule compacte et nombreuse exprime sa tristesse, sa colère et parfois, sur une feuille ou une banderolle, des mots d'excuses. "Ani Mitbayesh", "J'ai honte" reviendra souvent comme pour marquer la propre déception qu'un peuple qui élève si haut ses valeurs morales issues de la Torah ait pu enfanter un Igal Amir.
Cerceuil de Rabin dans Jerusalem





La rue israélienne honore Rabin
Messages de honte suite a l'assassinat de Rabin
Itzhak Rabin symbole de la démocratie israélienne



La jeunesse, elle, s'est investie de l'héritage direct d'Itzhak Rabin et, avec affection, est de tous les rassemblements. Léa Rabin le fera remarquer : "Ou étiez-vous quand ma maison et celle de mon mari était entourée de fanatiques? Quel dommage que vous n'ayez pas montré alors l'amour et la volonté de marcher vers la paix que vous montrez aujourd'hui." Pendant 3 jours le cercueil de Rabin sera exposé devant la Knesset et des centaines de milliers d'Israéliens défileront pour honorer l'homme d'Etat qu'il fut. Il semble hélas que parfois le temps fasse son travail trop vite et déjà pour le troisième millénaire des excès de propos viennent bien vite balayer les bonnes résolutions prises après le drame.









Créé par Yoni. Dernière Modification : mercredi 21 octobre, 2009 17:44:30 IST par Yoni.

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