ROSCH HASCHANAH


Table des matières





Les jours précédant la fête; les Selichot


Le mois précédant Rosch Haschanah, tous les matins sont récités les Selichot.

Si l´on était à Jérusalem, il faudrait se lever très tôt, vers 3.00 heures. La nuit bleuit, les rues sont vides, oranges les feux de la ville. Il faut quitter les grandes artères “Malke Yisrael“ , “Schemouel Hanavi“, “Yafo“ et pénétrer dans les quartiers “Mahané Yehoudah“, “Méah Schéarîm“,“Chéhounat Habouharîm“, dans tous ces petits quartiers refermés sur eux-mêmes.
Ici où là il faut tendre l´oreille, une voix qui n´est pas loin chante une sorte d´appel: “Bohou l´slichot ! Bohou l´slichot!“ (Venez dire les slichot).
C´est le chazzan (bedeau) d´une synagogue qui appelle à la prière. Dans les communautés d´Europe orientale, il allait autrefois une lampe et le bâton à la main frapper aux portes des familles qui habitaient le ghetto.
Alors se diriger vers la voix, la tête encore embrummées de sommeil, se risquer dans les cours exigues, parfois monter quelques marches, regarder sur la mezzouzah (le chambranle) de la porte le nom de la communauté, la ville, la région ou le pays d´origine des fidèles.

Yeroushalayîm ! Yeroushalayîm!

Oui Jérusalem est bien le lieu d´un rassemblement.

Chemin faisant, on aura croisé d´innombrables synagogues qui en ces jours de selichot, se sont remplies dès l´aube.
Les selichots sont des prières qui implorent le pardon de Dieu pour toutes les mauvaises actions commises durant l´année écoulée. Quelle différence se demandera-t-on alors avec le Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, ce jour d´intense ferveur au cours duquel tous les Juifs du monde prient pour la rémission de leurs fautes?
Le secret. Oui le secret.
Car les selichots se disent à l´aube tous les jours qui précèdent les “Yamin Noraim“: jours de pénitences, ces dix jours qui s´écoulent entre Rosch Haschanah (le nouvel an) et Yom Kippour dix jours plus tard.
Les selichots servaient-ils alors de diversion autrefois contre les persécutions de l´église qui tenaient les jours sacrés du calendrier des Juifs pour des journées de persécution organisées à leur encontre quand la sinistre inquisition n´allait pas jusqu´à leur interdire la célébration de leurs fêtes?

Les selichots aujourd´hui sont plus un devoir des cœurs qu´une obligation fixée par la loi. Dans certaines communautés elles sont dites pendant quarante jours, dans d´autres pendant une semaine seulement. Et cependant, les fidèles qui viennent prier à l´aube, alors que leur vie sociale s´écoule presque comme à l´habitude, ne sont pas dispensés des autres offices religieux au nombre de trois chaque jour qui scandent la vie des Juifs pieux.

Le mot hébreu “selicha“ au singulier signifie le pardon. Au pluriel (selichot), il désigne précisément cet ensemble de prières qui sont autant de poésies lyriques appelées en hébreu “pioutîm“ . Leur ordre ne semble pas être défini avec précision et tout comme leur chant, il dépend des habitudes du répertoire de chaque communauté. Aucune présence instrumentale, comme généralement dans tous les offices de la synagogue n´y figure, ne serait-ce les quelques interventions du Schofar: la corne de bélier qui accompagne les solennités les plus importantes du peuple juif.

Au “Kotel“: le mur des lamentations, les communautés aiment se retrouver entre elles. Des petits groupes se forment. Au plus près du mur, la prière est intense, mais un peu plus loin, on parle, on installe des chaises, on se raconte des histoires entre soi. Une partie du mur s´ouvre sur une esplanade. L´autre partie est couverte. C´est là que l´on peut écouter un matin de septembre les selichot d´une assemblée de Juifs yéménites. A quelques mètres d´elle il peut y avoir aussi des Juifs Hassidîm vêtus de caftan et de chapeau aux larges bords et puis plus loin on peut entendre des enfants chantant à tue-tête. Et comme la prière est inscrite dans la vie de tous les jours, dans un verre on boit un peu de thé à la menthe.

La manière de chanter des Yéménites oscille sans cesse entre une émission nasale et gutturale. L´officiant compose des sortes de variations de plus en plus complexes à partir du texte faisant ainsi monter la tension dramatique de la prière, les fidèles répondant à l´unisson ou en formant des accords relativement simples.
C´est pourquoi le prestige d´un bon chanteur est grand chez eux.
Ce prestige en revanche semble être ignoré par les Juifs Boukhariens. Cette communauté habitait à l´origine dans l´Ouzbékistan en Asie centrale avant de s´installer à Jérusalem au milieu du XIXeme siècle dans le quartier “Chechounat Habouharîm“. Les synagogues y sont innombrables et le promeneur à certaines heures peut compter à peine moins de maisons de prière qu´il y a de maisons. L´une d´elles peut n´être qu´une petite chambre de plein pied avec au milieu une table de bois pour le ministre officiant, autour des bancs peints, quelques coussins, quelques tissus chatoyants, un ou deux petit tapis et surtout une atmosphère non pas de joie car l´austérité des selihots l´interdit, mais de tension extrême avec assez peu de prières à voix basse mais des fidèles prenant souvent la parole en se mettant à chanter, chacun cédant à l´autre avec bonhomie. On se prévient par un signe discret, on entame un solo, chacun participe. Des merveilleux enfants aux vieillards à la voix cassée, des uns vêtus pour aller au travail aux autres parmi les plus vieux qui resteront après la prière pour étudier, l´enthousiasme de chacun semble être le principal moteur de la cérémonie et de nombreuses mélodies toutes différentes, parfaitement connues de tous, s´enchaînent, se mêlent et s´interpellent.
Ne sont recherchés ni le développement ni la variation, l´officiant du talon frappe le sol, le goût du rythme l´emporte et surtout le plaisir du chant spontané de la prière vécue avec effusion.

Ainsi en est il des différentes communautés Juives non seulement à Jérusalem mais de par le monde pour les jours précédants Rosch Haschanah: le nouvel an juif.




La fête


Le jour de Rosch Hachanah tombe le premier du mois lunaire de Tischri qui correspond à Septembre-Octobre.
Ce mois était autrefois chez les Hébreux le premier mois de l´année civile, héritier en cela du premier mois de l´année des peuples sémites. Il devint toutefois à partir de Moise le septième mois de l´année religieuse, le premier devenant Aviv ou Nissan (Mars-Avril), mois de l´exode puis mois à partir duquel on data les années de règne des rois d´Israël. En fait selon la Mischna (recueil des traditions Juives de l´antiquité), le calendrier Juif en vint à comporter quatre nouvel an mais on ne retint que le premier Tischri, tous les autres s´effaçant devant l´importance de celui-ci qui introduit presque tout un mois de fête (Yom Kippour ou jour du Grand Pardon le 10, Soukkot ou fête des cabanes du 15 au 21)

Autrefois en Israel, le 1er Tischri fût appelé “Yom Terouah“: jour ou l´on sonne de la trompette. Cela vient du commandement consigné dans la Torah, je cite:

"Et le septième mois (selon le calendrier religieux), le premier jour du mois, vous devrez avoir un saint rassemblement. Vous ne devrez faire aucun travail pénible d´aucune sorte. Ce devra être pour vous un jour ou l´on sonne de la trompette"

Le terme traduit dans ce texte par trompette vient de l´hébreu “hatsotserah“ qui désigne une trompette droite comme celles utilisées autrefois par les lévites dans l´ancien temple de Jérusalem, pour marquer les différents offices. Toutefois le traditionnel Shofar ou corne de bélier était également utilisé afin de faire retentir la solennité de cette journée dans tout le pays d´Israël. De nos jours on célèbre Rosch Haschanah durant deux jours le 1er et le 2 Tischri, tant Israel qu´en diaspora, les deux jours ne faisant qu´un.

En plus que cette journée devait être un jour de repos absolu (Chabbat) et un jour de rassemblement du peuple, elle donnait lieu dans l´ancien temple de Jérusalem à un supplément d´offices, de sacrifices et de fête.
Selon la Torah, devaient être sacrifiés, je cite:

"un jeune taureau, un bélier, sept agneaux mâles chacun âgé d´un an, des bêtes sans défauts et leurs offrandes céréalières de fleur de farine arrosée d´huile (....) un chevreau mâle (....) cela en plus du sacrifice mensuel (offert à chaque nouvelle lune) et de son offrande céréalière et du sacrifice constant (offert deux fois par jour matin et soir) et de son offrande céréalière (....) en odeur reposante, sacrifice par le feu pour l´Eternel."

Le terme “Rosch Haschanah“ qui veut dire tête ou début de l´année (Rosch = tête; Schanah = année) n´apparaît qu´une fois dans le texte du Tanakh, dans le livre du prophète Ezéchiel (40:1)
Plus tard, les sages Juifs donnèrent à cette fête les dénominations de “Yom Ha Din“: jour du jugement et de “Yom Ha Zikkaron“: jour du souvenir où Dieu se souvient de ces créatures. On en vint même par cette dernière assertion à en déduire que ce jour était le jour anniversaire de la création du monde et de la création d´Adam.
La Michnah déclare que tous les humains défilent devant Dieu ce jour là tel un troupeau de moutons. Elle dépeint même une scène ou hommes et femmes attendent d´être jugé devant le trône de Dieu, le verdict définitif qui n´est autre que l´inscription dans un livre de vie ou dans un livre de mort, n´étant rendu que dix jours plus tard, le jour du Yom Kippour. C´est la raison pour laquelle, les jours entre Rosch Haschanah et Yom Kippour sont communément appelés “Yamîm Noraîm“: les jours terribles.
Cela est en outre commenté dans le Talmud qui insiste sur le fait que Rosch Haschanah est une occasion pour chacun de faire un examen de conscience à la lumière des valeurs du Judaïsme.

Ce jour, comme les jours qui suivent jusqu´au Yom Kippour inclu, le blanc est de rigueur dans l´habillement de chacun et dans la décoration de la synagogue. Il symbolise le désir que devraient avoir les hommes de se rapprocher de Dieu en se purifiant de leurs péchés. Les deux jours que dure la fête et sauf si le premier tombe un samedi (Chabbat), la sonnerie du Schofar est véritablement l´apogée des offices du matin.

Selon l´un des plus grands sages du Judaïsme, Maimonide, cette injonction de sonner du schofar ce jour là est faite pour que chacun des fidèles soient entraînés à se repentir.
Un de ses traités, Yad techouvah (3:4) déclare en effet:

"Réveille toi dormeur! Pèse donc tous tes actes! Souviens-toi de ton créateur! Abandonnes tes mauvais agissements et reviens à Dieu".

Puisque Rosch Haschanah est une fête beaucoup plus solennelle que joyeuse, on ne récite pas le Hallel, les psaumes de réjouissance pour les grandes fêtes, en revanche diverse parties des offices à la synagogue sont chantés sur des airs traditionnels de prière que pour les autres grandes fêtes. La liturgie insiste sur le règne de Dieu, le rappel de son alliance avec Israël et de sa compassion. Le thème du jugement est prédominant dans les prières, les fidèles proclamant que le repentir, la prière et la compassion peuvent détourner de soi le châtiment divin.

L´après midi du premier jour de Rosch Haschanah (du deuxième jour si le premier tombe un Samedi) les Juifs les plus observants ont coutume d´observer la cérémonie du Taschlikh. Il s´agit de jeter symboliquement tous ses péchés dans une rivière, un lac ou toute autre étendue d´eau.

Les coutumes familiales à la maison ont des aspects très poétiques. Comme à l´accoutumés des repas de Chabbat et de fête, on récite avant ceux-ci le quiddouch (bénédiction sur le vin) et le Ha-Motsi (bénédiction sur le pain) à la différence qu´au lieu de tremper le pain dans le sel habituel, on le trempe dans du miel. On trempe également dans du miel des quartiers de pomme afin de se souhaiter que la nouvelle année soit pour chacun bonne et douce.
Certaines familles ont coutume de confectionner des "challot" (pain des jours de Chabbat généralement torsadés) rondes dont l´une des faces à la forme d´une échelle pour symboliser les efforts de chacun pour s´élever vers Dieu.
Le second soir de Roch Haschanah il est coutume de manger les premiers fruits de la saison d´Automne.
Les plats favoris pour cette fête sont le Tsimmes (préparation à base de carottes et de raisins secs) et le Leykekh (gâteau au miel). Que l´on mange du poisson ou du mouton, en manger la tête concrétise l´espérance de devenir la tête et non la queue cette coutume étant inspirée par un texte de la Torah qui dit:

"Et il adviendra sans fautes que si tu écoutes vraiment la voix de l´Eternel ton Dieu en veillant à pratiquer tous les commandements que je te commande aujourd´hui alors à coup sûr, l´Eternel ton Dieu te mettra très haut au dessus de toutes les nations de la terre (...) (sans quoi) l´étranger qui est au milieu de toi s´élèvera au dessus de toi de plus en plus haut tandis que toi tu descendras de plus en plus bas. C´est lui qui te prêtera tandis que toi, tu ne lui prêteras pas. Il deviendra la tête tandis que toi tu deviendras la queue." (Deutéronome 28:1,43-44).

Aussi que la nouvelle année (5765) qui débute mercredi 15 septembre 2004 au coucher du soleil soit pour chacun d´entre nous bonne et douce et que chacun soit inscrit dans le livre de vie.


CHANAH TOVAH !


Créé par COSMOS. Dernière Modification : mardi 14 septembre, 2004 06:38:57 IDT par COSMOS.

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